Coopération Bénin-Guyane : vers un lien économique plus fort

Publié le 19/10/2026

Le Réseau Guyacoop a coordonné la mission du Dr Benjamin Coovi Dako en Guyane du 16 au 22 septembre 2026. La mission dresse un diagnostic croisé de la coopération Bénin-Guyane. Elle propose surtout un changement d’échelle : passer du jumelage de relations au jumelage de projets et d’investissements.

Une coopération à étendre au champ économique

La coopération entre le Bénin et la Guyane existe depuis plusieurs années. Des jumelages communaux la portent, et le Réseau Guyacoop l’anime activement. Elle reste toutefois surtout institutionnelle. Les filières et les opérateurs économiques y tiennent encore peu de place.

Or les deux territoires évoluent. Le Bénin transforme son économie. En Guyane, le sujet de la coopération régionale gagne en ampleur. Le réseau a donc invité le Dr Dako, ancien haut responsable du Gouvernement béninois, pour une mission d’exploration et de présentation. Il s’agit de la première initiative de ce type portée par le réseau en 2026.

Une mission en quatre temps

La mission a réuni des rencontres institutionnelles, des visites de structures économiques, une conférence publique et une intervention médiatique.

Les rencontres institutionnelles

Le 16 septembre, à Mana, le maire Albéric Benth, président du Réseau Guyacoop, a ouvert la série d’échanges. Mana mène avec Tori-Bossito, au Bénin, l’un des jumelages les plus actifs du réseau. Il a déjà permis de construire des salles de classe et des latrines, et de réaliser des travaux de voirie. Une visite de suivi est envisagée au premier trimestre 2027.

Le 21 septembre, la Collectivité Territoriale de Guyane a reçu la délégation. Philippe Bouba, cinquième vice-président délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche, représentait le président Gabriel Serville. Rosuel Lima-Pereira, vice-président de l’Université de Guyane, a rappelé l’accord-cadre de 2018 avec l’Université d’Abomey-Calavi. Les pistes communes portent sur la tuberculose, sur l’association de la médecine moderne et des pharmacopées traditionnelles, et sur la mobilité étudiante. La séance a aussi fait émerger l’idée d’un partenariat formel entre le Réseau Guyacoop, l’Université de Guyane et la Collectivité, ainsi que celle d’un forum économique annuel.

Le 22 septembre, l’Agence Régionale de Santé a complété ce volet. Les échanges ont porté sur la mutualisation des pratiques et sur des initiatives communes en santé.

Les acteurs économiques et les filières

Le Dr Dako a ensuite visité plusieurs structures guyanaises.

  • La Brique de Guyane produit quatre mille briques de terre crue par jour. Le Dr Dako a identifié la zone franche industrielle de Sèmè-Kpodji, riche en latérite, comme site de production possible. Le marché nigérian voisin, plus de 250 millions d’habitants, élargirait les débouchés.
  • Le Pôle Agro-Alimentaire de l’Ouest Guyane sert cinq communes depuis 2016. Il met en regard le Fonds National de Développement Agricole béninois. Son directeur, Lumley Hector, souhaite visiter le Bénin.
  • BèlNati’Prod transforme les racines locales en farines, semoules, couac et surgelés. L’entreprise travaille avec la communauté bushinengué. Elle a aussi développé AppliBèlNati, un outil géographique agricole multilingue. La maladie du manioc, qui touche environ 80 % des féculents du territoire, a nourri les échanges. La recherche agricole béninoise pourrait y contribuer.
  • La Régie de Quartier de Rémire-Montjoly fonde son modèle sur l’insertion par l’activité économique. Elle tire 95 % de ses fonds de prestations de marché public. Le Dr Dako y voit un modèle réplicable au Bénin.
  • GuyaClic’ recycle le matériel informatique avec Recycl’Ordi. Son réseau de Cyber Carbet compte sept structures labellisées Maison France Services sur neuf.

Conférence « Regards croisés Guyane-Bénin » : six terrains de coopération

Le 17 septembre, la conférence s’est tenue à l’Accordeur, à Cayenne. Le Dr Dako y a présenté le Bénin sous trois angles.

Sur le plan économique, les zones industrielles comme la GDIZ et Sèmè-Kpodji permettent de transformer les matières premières sur place. Cette évolution retient l’emploi et la valeur sur le territoire. Sur le plan politique, il a souligné une stabilité sans rupture majeure depuis 1990. Sur le plan social, il a cité les hôpitaux neufs et l’extension de l’assurance maladie. Il a aussi reconnu que la sécurité des patients reste un enjeu.

Il a ensuite confronté ce bilan aux réalités guyanaises. Six terrains de coopération en sont ressortis :

  • forêt et économie verte ;
  • santé et formation sanitaire ;
  • recherche et enseignement supérieur ;
  • commerce et logistique transatlantique ;
  • tourisme et mémoire ;
  • agriculture et agro-industrie.

Par ailleurs, une élue a porté la question de l’eau. Elle a cité l’exemple de Ganvié, cité lacustre dont les habitants ont accès à l’eau potable. Enfin, le forum économique annuel Bénin-Guyane, porté par le Réseau Guyacoop, s’est imposé comme une initiative structurante.

Le même jour, le Dr Dako a présenté ce diagnostic au conseil d’administration du Réseau Guyacoop. Le 22 septembre, il l’a repris au journal de 13 heures de Guyane la 1ère.

Quatre leviers pour la coopération Guyane-Bénin 2027-2032

Le rapport part d’un constat chiffré. Trois communes béninoises sur soixante-dix-sept s’engagent aux côtés de quatre communes guyanaises sur vingt-deux. Le jumelage actuel favorise la mobilité des jeunes, le volontariat et les échanges culturels. Le Dr Dako recommande d’en faire un outil de développement. Il propose quatre leviers.

  1. Une matrice de jumelages potentiels. Chacune des vingt-deux communes guyanaises serait appariée à une commune béninoise complémentaire. Chaque couple porterait deux ou trois projets économiques. Cayenne–Cotonou, Saint-Laurent-du-Maroni–Porto-Novo et Kourou–Abomey-Calavi en sont des exemples.
  2. Un programme 2027-2032 en dix axes. Ces axes sont l’agriculture et l’agro-industrie, le tourisme et la mémoire, l’économie verte, la santé, la formation, l’entrepreneuriat, les industries culturelles et créatives, le numérique, la jeunesse et l’investissement. Le programme transformerait notamment TEVO en parcours volontariat, formation, emploi.
  3. Une gouvernance commune. Un Conseil de coopération économique et territoriale Guyane–Bénin rassemblerait communes, collectivités, universités, entreprises, diaspora et partenaires financiers. Chaque projet y entrerait avec deux chefs de file, un budget, un financement identifié et des indicateurs de résultats.
  4. Des corridors territoriaux de développement. Ils s’appuient sur les avantages comparatifs de chaque couple de territoires. Grand-Popo et la Guyane formeraient un pôle littoral, pêche, aquaculture et tourisme. Ouidah et la Guyane formeraient un pôle patrimoine et mémoire. Tori-Bossito et la Guyane formeraient un pôle d’agriculture tropicale, autour de l’ananas.

Le réseau Guyacoop est activement engagé à porter cette mise en œuvre. Cette mission n’est qu’une première à laquelle vont succéder bien d’autres afin de réellement donner vie à ces perspectives profitables pour les deux territoires.

Réseau Guyacoop

La Guyane s’engage sur la scène mondiale. Guyacoop, Réseau Régional Multi-Acteurs reconnu par l’État français, réunit les forces vives du territoire, communes, associations, jeunes, institutions, pour construire une coopération internationale concrète, équitable et durable.

Informations pratiques

Guyane française,

L’Accordeur – 1, rue Roland Barrat 97300 Cayenne

Mail : direction@guyacoop.fr

 

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